05 septembre 2009
Là Haut
En choisissant ce vieux Carl comme personnage principal, Pixar, la crème de chez Disney, s'offre le luxe d'afficher un handicap commercial. Bougon, sourd, casanier, avec dentier et déambulateur : voilà le portrait de Carl, qui a un faux air de Walter Matthau. Et comme si cela ne suffisait pas, le film débute carrément par un décès. Le premier quart d'heure est un résumé des épisodes marquants de la vie de Carl, jusqu'à la mort récente de son épouse. Un véritable film dans le film – où l'on apprend, entre autres, de manière subtile, que le couple n'a pu avoir d'enfant.
Bien que travaillé par le deuil, le film est aérien.
Comme les ballons à l'hélium que Carl vendait avant qu'il ne prenne sa
retraite. Aller jusqu'au bout de ses envies, ne pas renoncer, tel est le
leitmotiv apparent du film.
Mais oui, d'accord, le voir en salles équipées 3D s'avère rigolo (on chausse ses lunettes, on pouffe en découvrant la tête des voisins, etc.). Mais, mis à part les dix premières minutes, qu'est-ce que ce film est mou !
Certes, on ne demande pas forcément à un film d'animation de bousculer les neurones. Quoique : Miyazaki pour la poésie, Ghost in the shell 2 pour la métaphysique, Nemo et Ratatouille pour la fantaisie, ce n'est vraiment pas mal. Ici, excepté le gag du chien à la voix déréglée (dépêchez-vous de rire, les occasions sont rares), on doit supporter le recyclage de vieux clichés. Insolence zéro... Reçue 5 sur 5, en revanche, la morale douceâtre, gnagnassonne (nos sociétés ne jurent que par l'attendrissement facile) : les papis ronchons et les scouts obèses sont faits pour s'entendre. Pitié...
23 août 2009
Partir
Partir, pour ne plus revenir. Partir, pour enfin
vivre…
Suzanne, femme bien mariée à un médecin de province depuis
quinze ans, envoie valser sa petite vie confortable pour les bras "muy
calientes" d’un maçon espagnol. Sous cloche depuis trop longtemps, elle
est soudain bousculée par la passion et décide de retourner à l’air
libre pour respirer. Parce qu’enfin un homme la regarde comme un objet
de désir et non plus comme une chose. Telle une adolescente, elle va
s’abandonner au bonheur. Totalement, éperdument et dangereusement. Car
le mari trompé n’est pas prêt, lui, à la laisser partir.
C’est une magnifique et tragique histoire d’amour que nous conte avec Partir la réalisatrice Catherine Corsini (La Nouvelle Eve). A l’image de celles que vivaient les héroïnes qui l’ont fait rêver, Madame Bovary et Anna Karenine.
On sait le drame en marche, et on le sait inéluctable. Le coup de feu qui ouvre le film résonne comme la chronique d’une mort annoncée, et instaure d’emblée une tension. Pour souligner l’intensité de ses personnages, Catherine Corsini adopté une image sans effets, presque naturaliste. La caméra filme au plus près les corps et les visages, comme cherchant à saisir les émotions cachées au fond des yeux et à donner de la chair en captant le grain des peaux. Prise entre un Yvan Attal ivre de colère et un Sergi Lopez ivre d’amour, Kristin Scott Thomas irradie de bonheur, joue les femmes nouvellement amoureuses avec cette divine capacité à rendre vrais des moments simples de bonheur ou des instants volés d’intimité.
14 juin 2009
Les beaux gosses
T'as beau pas être beau
Le passage de la BD au 7e art serait-il la dernière mode ? Après l'adaptation par Marjane Satrapi (et Vincent Paronnaud) de son album autobiographique « Persépolis », prix du jury au Festival de Cannes (2007), c'est au tour du dessinateur Riad Sattouf de sauter le pas. Mais son premier film, « Les Beaux Gosses », également présenté à Cannes - dans la section Quinzaine des réalisateurs -, n'est pas un film d'animation. C'est une comédie hilarante sur la vie des ados. On y voit d'ailleurs, clin d'oeil potache, Marjane Satrapi en vendeuse de guitares électriques.
Riad
Sattouf (trente et un ans), dessinateur à « Fluide glacial » et à «
Charlie Hebdo », auteur de nombreux albums - « Les Jolis Pieds de
Florence », « Manuel du puceau », « La Vie secrète des jeunes »... -
est plein d'humour sur les planches (de BD) comme à l'écran. Beaux, les
gosses de son film, Hervé (merveilleux Vincent Lacoste) et son copain
d'origine arabe Camel (Anthony Sonigo), quatorze ans, mais aussi
Benjamin, Méryl, Loïc... le sont. Intérieurement, s'entend.
Physiquement, ils baignent dans l'âge ingrat, dans cet entre-deux entre enfance et âge adulte. Plus proches du jeune chien pataud que d'Alcibiade, boutonneux, maladroits, benêts, ils ont tout pour déplaire. D'ailleurs, les filles les fuient - « trop moches », disent-elles - et se moquent d'eux. Eux sont obsédés par les filles, le sexe et paniqués par « la première fois ». Dans l'attente de ce jour béni, ils ont de grandes conversations sur la meilleure manière d'embrasser - le film s'ouvre sur un des baisers les plus longs de l'histoire du cinéma - et la masturbation avec une chaussette. Piste, à notre connaissance, négligée, par les industries textiles.
Heureusement, de bonnes samaritaines se dévouent pour faire l'éducation de notre jeunesse. Ici, elle s'appelle Aurore. Elle n'a pas les doigts de rose d'Homère, mais elle est charmante. « Les Beaux Gosses » c'est la guerre des boutons - version acné - 2009. Un film généreux et tendre sur l'univers des garçons. Le succès est au bout de l'écran.
17 mai 2009
Gran Torino
Clint au sommet
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Walt Kowalski, un homme pétri de préjugés vit seul dans un quartier peuplé d'immigrés. Il va pourtant se lier d'amitié avec un jeune garçon qui, sous la pression d'un gang, avait tenté de lui voler sa voiture.
Gran Torino après L'échange. Deux films dans la même saison. Trop
fort, le maître. Même Woody Allen le plus prolifique des réalisateurs
américains ne parvient pas à suivre le rythme. Pourvu que ça dure,
parce qu'à 78 ans Clint Eastwood n'a jamais été en aussi grande forme
cinématographique.
Il est devant et derrière la caméra. Il prête ses traits burinés à un certain Walt Kowalski, un ancien de la guerre de Corée fâché avec tout le monde. Sa famille qu'il ne fréquente qu'à l'occasion de rares obligations sociales. Ses voisins qui ont à ses yeux le tort de venir en masse de contrées asiatiques. Alors, sa femme qu'il vient d'enterrer le laisse seul avec ses préjugés, ses colères, ses récriminations. Avec aussi sa chienne Daisy et avec sa vieille Ford Gran Torino, prestigieux souvenir des années passées chez le constructeur automobile.
Il est insupportable, et on l'adore. Vieux bougon qui ronchonne à la moindre contrariété, tellement maniaque et coincé qu'il en devient touchant et risible: «Vous êtes marrant,» lui dit sa jeune voisine. «On m'a traité de tout mais jamais de ça,» réplique-t-il étonné. Mais ça y est, le contact est noué, et peu à peu le faux dur va se défaire de la cuirasse de ses certitudes. Il sait que la mort n'est pas loin de lui donner rendez-vous, mais il découvre à nouveau le seul bien-être qui soit dans l'existence en s'ouvrant aux autres et à lui-même.
Un tel cadre aurait conduit le jeune Eastwood, époque Inspecteur Harry, dans les pas d'un vengeur violent tirant sur tout ce qui le contrarie au nom de l'auto-défense. Mais on est ici dans un scénario subtil et habile, qui se faufile au coeur des sujets chauds de la société d'aujourd'hui, entre immigration, tolérance, violence. La tension est là qui s'installe, efficacement entretenue par une mise en scène habile à distiller des pauses d'humour pour désamorcer le drame naissant. Le récit nous offre la compagnie d'un homme qui cherche l'apaisement et la sérénité au moment de devoir rendre des comptes, à Dieu, à la société, à lui-même. « Je suis en paix, » confesse-t-il à ce prêtre qu'il est allé voir, juste pour tenir la promesse consentie à son épouse sur son lit de mort. Droit, magnanime, rigoureux, il accepte de se confronter à son passé pour expier la faute qui depuis le torture. Au plus fort d'une émotion dirigée avec pudeur et doigté, Clint Eastwood tout en humanité bouleversante décline l'essentiel des thèmes qui ont fait son cinéma. Et prend son rang dans le panthéon des maîtres.
12 avril 2009
Chéri
Quand la passion n'a pas d'âge
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Colette est un mythe. Une vie vécue au bout de la plume, celle
de l’écritoire comme celle du cabaret. Une vie admirée, agitée, mais
contrebalancée par l’image rassurante d’une mémère à chats.
Quant à ses livres, notre cinéma les avait servis plutôt
scolairement dans les années 50, sous l’oeil vigilant de la grande
dame. La France est passée à côté
de Colette. Le seul qui a su transposer l’alliance colettienne de
légèreté et de profondeur était un étranger, un Américain, Vincente
Minnelli, dans une flamboyante version de « Gigi ». Avec Stephen
Frears, c’est encore un étranger, britannique cette fois, qui
renouvelle cette performance.
Frears et Colette ? On peut s’étonner de l’attelage, même si le réalisateur anglais avait déjà démontré tout son savoir-faire sur un autre classique français, « Les liaisons dangereuses ». « Tout a l’air si futile et spirituel chez Colette, mais la tristesse se cache sous ce vernis, les sentiments sont suggérés. J’aime les écrans de fumée, ce qui n’est pas dit », explique Frears, avant d’avouer que « Chéri » fut le film le plus difficile de sa carrière, pourtant longue : « Car il fallait sans cesse osciller entre le champagne, le brillant, et le sombre, le tragique. » Oscillation parfaite : « Chéri » est un film élégant, chatoyant, parfois drôle, en même temps qu’une méditation superbe sur le temps qui passe, l’orgueil exacerbé par l’amour, les affres de l’absence. Autre défi pour Frears : rendre aimables deux personnages peu jojo a priori. D’un côté, Chéri, jeune dandy creux et décadent, enfant gâté. De l’autre, Léa, cocotte sur le retour, qui brûle avec lui ses ultimes années de beauté glorieuse, avant de le laisser filer, faussement indifférente, vers un mariage arrangé. En suivant Chéri et Léa dans leurs douleurs d’animaux blessés qui tentent de se dissimuler leur amour, Frears les sauve et atteint le but de Colette : montrer que « ces gens-là », malgré leur milieu, peuvent aussi souffrir honnêtement, dignement. Pureté, émotion : le film va crescendo.
Bien sûr, toutes ces intentions seraient restées lettre morte sans le duo d’acteurs. Tête à claques veule et infantile, Rupert Friend finit par toucher. Quant à la revenante Michelle Pfeiffer, elle est simplement sublime !
29 mars 2009
Duplicity
Duplicity et sensuality
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Il est rare, si rare, de comprendre en une scène, deux tout au plus, qu’un film, a fortiori un divertissement tapissé de stars, dépassera de loin les attentes. C’est le cas de Duplicity. Une séquence de prégénérique d’une élégance admirable: au cours d’une soirée à Dubaï, Julia Roberts et Clive Owen, respectivement agents de CIA et du MI5, mêlent l’utile à l’agréable. Madame surtout, qui profite de Monsieur pour lui subtiliser des documents confidentiels. En quelques plans et dialogues champagne, l’entrée en matière renvoie à deux formes de cinéma aimées. Côté face, la guerre des sexes façon comédie des années 1940 ou lorsque Howard Hawks filmait les combats sans pitié entre Cary Grant, spécimen faible du sexe fort face à la détermination et à l’abattage de Katharine Hepburn, Rosalind Russell, Ann Sheridan ou, plus tard à l’occasion de Charade de Stanley Donen, Audrey Hepburn. Côté pile, Duplicity convoque le cinéma d’action adulte des années 1970, avec split screens, élégance et torpeur façon Thomas Crown.
Présentations faites, la deuxième séquence, celle du générique, procède de la même jubilation tout en rappelant, par les méthodes du vidéoclip, que Duplicity est bien un film de 2009: séquence musicale donc durant laquelle, sur
un aéroport, tout juste descendus de leurs jets privés respectifs, deux
encravatés (Paul Giamatti et Tom Wilkinson) s’invectivent, se
postillonnent, en viennent aux mains. Précision: leur bagarre, muette,
est croquée dans un ralenti délicieux qui démultiplie le ridicule de la
situation et de leurs visages haineux.
Deux agents secrètement amoureux. Deux encravatés ouvertement belliqueux. L’affaire semble entendue: Duplicity, comme son titre l’indique, sera un film d’espionnage et les encravatés des ministres des Affaires étrangères ou des généraux en civil. Pas exactement. Car, autant il est rare de s’extasier devant une entrée en matière si forte, autant il est rarissime que l’ouvrage ne connaisse ensuite aucun essoufflement, sinon celui du spectateur abandonné en fin de piste à son quotidien, bouche bée, après un final suffoquant d’originalité. Et, là aussi, Duplicity est de ces perles rares.
18 janvier 2009
Slumdog Millionaire
Pour quelques roupies de plus
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Jamal Malik, 18 ans, orphelin vivant dans les taudis de Mumbai, est sur le point de remporter l'émission « Qui veut gagner des millions ? ». La police l'arrête à une question de la victoire sur un soupçon de tricherie.
Un orphelin de 18 ans échappé des taudis de Mumbai est sur le point
de faire fortune en empochant la somme colossale de 20 millions de
roupies dans la version indienne du jeu télévisé Qui veut gagner des
millions? Il lui reste une bonne réponse à apporter, à la dernière
question. C'est alors que la police intervient dans les studios. Elle
le soupçonne de tricherie.
Incroyable Danny Boyle dont la filmographie n'arrête pas de faire des zigzags. On l'avait quitté l'an passé au coeur de l'espace avec Sunshine, étrange escapade venant après une série de Petits meurtres entre amis ou une virée sur La plage notamment. Il se sert ici d'un roman à succès pour trousser un scénario d'une bouillante richesse, à défaut d'être construit sur une mécanique originale: on découvre que chacune des réponses du candidat aux questions qui lui sont posées lui vient d'événements qu'ils a vécus. Et qui sont rituellement racontés en flashbacks. Pour tromper la monotonie de son procédé narratif, le metteur en scène met sa caméra virtuose jusqu'à l'agitation au service de tonalités et d'atmosphères contrastées. C'est un furieux mélange des genres qui secoue l'écran. Avec par exemple des séquences de torture éprouvantes enchaînant sur des moments de franche comédie. Le passage des unes aux autres est parfois difficile à avaler tant il met mal à l'aise. On a peu l'habitude d'avoir à subir de tels contrastes dans un même récit, mais c'est une façon pour Danny Boyle, emporté par les accents de sa bande-son, de bien coller à la réalité de son sujet et au style cinématographique du pays. Comme s'il s'était essayé à faire du vrai cinéma de Bollywood.
09 novembre 2008
Mesrine
De l'action
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Il y avait péril à
retracer le parcours de ce truand hors-normes, tueur sanguinaire pour
les uns, cavaleur romantique pour les autres. Jean-François Richet,
attaché à ce projet depuis des années tandis qu'il se faisait la main
de metteur en scène sur Ma 6-t va crack-er ou Assaut sur le Central 13,
s'est évertué à ne pas trancher. Du moins dans la première partie de
son récit, L'instinct de mort, en attendant la sortie sur les écrans du
deuxième volet, L'ennemi public n°1, le 19 novembre.
Dans la foulée
d'une séquence d'ouverture tendue et réglée au millimètre, qui annonce
l'exécution finale du cavaleur par les hommes du commissaire Broussard,
la machine à remonter le temps nous transporte en Algérie où le soldat
Mesrine, qui a devancé l'appel, apprend la torture pour faire parler un
prisonnier. Premier choc. Peu après, il est marqué par une violente
dispute avec son père auquel il reproche de s'être soumis aux ordres du
Service du Travail Obligatoire pour les Allemands pendant la guerre.
Voilà les deux événements qui auraient marqué son parcours, semble-t-il. Pas plus d'explication, d'analyse, de raisonnement. Les personnages secondaires apparaissent et disparaissent dans son entourage, à l'image d'un Gérard Depardieu prestement expédié par un règlement de comptes entre anciens de l'OAS. Et une chronologie méticuleusement exposée dans des scènes à rallonge, parfois, raconte la course vers la mort d'un truand happé par son destin. C'est efficace et spectaculaire, rude et pugnace. Du cinéma d'action, c'est tout.
18 octobre 2008
Vicky Cristina Barcelona
L'auberge espagnole
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«C'est un film qui donne envie de faire l'amour!» s'est écriée une
jeune journaliste à l'issue de la projection cannoise de Vicky Cristina
Barcelona. Simple coup de sang d'une midinette émoustillée par le
casting de la décennie (Scarlett Johansson, Penelope Cruz, Javier
Bardem)? Pas du tout: quelque temps plus tard, le New York Times
renchérissait: «La lumière est d'une couleur ambrée et mordorée si
appétissante qu'on pourrait être tenté de lécher l'écran»!
Qu'est-il arrivé à Woody Allen pour que son 43e film provoque un effet
jamais entendu ni lu auparavant? Est-ce simplement, comme l'avance
pudiquement le quotidien américain, une question de lumière? Il est
vrai que celle-ci est signée par le chef opérateur Javier
Aguirresarobe, un vétéran hispanique propulsé sur la scène
internationale au tournant de l'an 2000 grâce aux images, inoubliables,
qu'il a signées pour Alejandro Amenabar (Les Autres, Mar Adentro) ou
Pedro Almodovar (Parle avec elle).
Le dernier Woody Allen susciterait une poussée de fièvre en raison
de... sa lumière. L'explication n'abusera évidemment personne: même la
réunion des acteurs les plus «chauds» du moment paraît davantage
crédible. A commencer par Javier Bardem, bloc de virilité animale,
débarrassé de la perruque à la Mireille Mathieu dont les frères Coen
l'ont affublé dans No Country for Old Men et qui lui a valu l'Oscar du
meilleur second rôle en début d'année. Mais sa présence dans le rôle
d'un peintre pygmalion et sans tabou, ainsi que celle de ses
partenaires féminines plus ou moins consentantes, expliquera tout au
plus, et a posteriori, pourquoi Vicky Cristina Barcelona sera l'un des
plus gros succès de son auteur. Sans rien dire sur ses vertus
aphrodisiaques...
Un garçon, trois filles: à deux, à trois, garçon-fille,
fille-fille, fille-garçon-fille, Woody Allen ne rechigne devant aucune
possibilité. Il se laisse glisser dans ses envies, envahir par les
stéréotypes, guider par les coïts, plus ou moins interrompus, ainsi que
par les frustrations qui font, même sous le mode comique, les grands
récits romantiques. Avec ses compositions picturales parfaites, ses
couples qui embrasent l'écran, sa liberté narrative totale ou encore le
bonheur manifeste qui a régné sur le tournage, Vicky Cristina Barcelona
prolonge l'été.
N'étaient ces nuages, apparus à Cannes déjà, où le film
figurait hors compétition.
Premier grief: il a fallu 40 films et autant de blablas
psycho-amoureux à Woody Allen pour qu'il s'aperçoive que l'amour à
trois est une alternative. Répondons que l'amour à trois par ce
cinéaste-là et dans cette époque-ci a davantage de classe et
d'implications.
Deuxième grief: ses films étaient mieux quand il tournait à
Manhattan et son tour d'Europe des stéréotypes devient franchement
pathétique. Répondons qu'il suffit de revoir les films new-yorkais du
cinéaste pour se rendre compte que tous se servaient déjà des
stéréotypes.
Troisième grief: ne réussit qu'un film sur deux et
celui-ci est donc, après Le Rêve de Cassandre, de marée basse.
Répondons que si tous les cinéastes signaient des films mineurs comme
Vicky Cristina Barcelona, le cinéma se porterait mieux!
07 octobre 2008
Coup de foudre à Rhode Island
Touché au coeur
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Elle débarque où on ne l’attendait pas, en tête d’affiche d’une comédie romantique américaine (Dan in the Real Life) flanquée d’un titre français qui racole par références interposées.
Pas si grave !C’est signé Peter Hedges, scénariste de Gilbert Grape, auteur déjà du charmant Pieces of April.
Et de ce divertissement humainement drôle et délicatement ficelé qui,
par son traitement et son interprétation, parvient à transcender la
banalité du sujet.
Gros plan sur un journaliste de province réputé pour l’acuité de son regard braqué sur les conflits familiaux des lecteurs. Le récit suggère qu’il est veuf, inconsolable et papa maladroit de trois adorables gamines. Et Steve Carell d’imposer une nature fébrile à la Dustin Hoffman.
L’intrigue n’hésite pas à lui asséner un coup de foudre en direction d’une belle inconnue. Ils se plaisent, se charment, se disent adieu, sans oser imaginer que le destin se prépare à les réunir de très inconfortable manière quelques heures plus tard.
Sur la base d’un quiproquo dont les auteurs usent avec parcimonie, l’intrigue tisse sa trame tout au long d’un week-end en famille au cours duquel notre héros prouve qu’il est très habile à détecter le cil égaré dans l’oeil de son voisin mais incapable de repérer la poutre plantée dans le sien.
On s’y accroche, rivé à une narration libre, pleine de bonne humeur, d’instants suspendus et d’adorables bouts de chou dont une Marlene Lawston qui vaut bien la Abigail Breslin de Little Miss Sunshine. C’est tout le mérite de ce film que de s’appuyer sur le casting sans faille de trois générations d’acteurs oscillant entre sourire et larme avec l’audace d’une bande d’équilibristes sur le fil du rasoir
